ÇA A PÉTÉ (et on était là) !

Témoignage de Laurent Dégousée (Fédération Sud Commerce)

Avec plusieurs autres camarades de SUD Commerces et Services, de Union Syndicale Solidaires Industrie et de Sud Rail, nous avons fait le choix de participer à la manifestation des gilets jaunes ce jour.

Nous portions, pour notre part, le chasuble violet de notre Union Syndicale Solidaires ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention et des remarques de la part de ceux en jaune : beaucoup de propos peu amènes sur les syndicats mais toujours en faisant la différence entre leurs dirigeants, accusés d’inaction voir de compromission avec le pouvoir, et nous la base mais aussi des remerciements d’être venus et des demandes d’éclaircissements telles que  » Sud-Solidaires ou un syndicat, c’est quoi ?  » ou bien  » Vous aussi, vous êtes contre Macron ?  » Si d’autres camarades de Solidaires ainsi que de la CGT Confédération Générale du Travail avaient fait de même, cela aurait un poids plus conséquent et aurait été remarqué.

Sinon, si extrême-droite il y avait, nous n’en avons pas vu des masses ou alors le seul fait d’entonner la Marseillaise ou d’arborer un drapeau français signifie qu’on fait partie de cette famille politique… Peu de racisés cependant, pas de bris de vitrines hormis en fin d’après-midi par des jeunes venus de banlieue (Vuitton a mangé autant que son propriétaire, Bernard Arnault, lui se gave) et une grande détermination des manifestants (les nombreux chantiers sur l’avenue ont été mis à profit), parfois venus de loin, avec  » Macron, démission !  » comme leitmotiv.

Je tire de ces plus de 4 heures passées à différents points de l’avenue la certitude que nous sommes au début d’une explosion sociale d’ampleur et que crier depuis des lustres  » ça va péter !  » dans les manifestations et ne pas être là le jour où ça arrive, c’est plus que paradoxal, c’est irresponsable car si ce mouvement plie sous le poids de la répression, dont beaucoup aujourd’hui ont fait pour la première fois l’expérience, nous aurons doit à notre tour à notre Orban ou à notre Bolsonaro.

Aussi, point de répugnance, allons rencontrer les gilets jaunes sur leurs points de blocages, posons la question dès lundi dans les boites et les services de comment cette mobilisation doit impacter les entreprises et les administrations, non plus de l’extérieur mais de l’intérieur, en y portant aussi bien un gilet, en demandant l’ouverture de négociation salariale ou, encore mieux, en appelant à la grève. Et le mouvement syndical, plutôt que de servir de planche de salut à Emmanuel Macron qui veut les convoquer mardi, doit proposer des initiatives dès la semaine prochaine car, comme l’a écrit Auguste Blanqui,  » L’essentiel, c’est de s’organiser. Plus de ces soulèvements tumultueux, à dix mille têtes isolées, agissant au hasard, en désordre, sans nulle pensée d’ensemble, chacun dans son coin et selon sa fantaisie ! Plus de ces barricades à tort et à travers, qui gaspillent le temps, encombrent les rues, et entravent la circulation, nécessaire à un parti comme à l’autre.  » C’est nécessaire pour gagner !