BILAN DU LENDEMAIN : CONTINUONS, ON VA GAGNER !

LE MOUVEMENT, REMARQUABLE PAR SA DURÉE, SE RENFORCE ET SE POLITISE
LA GREVE POURRAIT LUI FAIRE PASSER UNE ÉTAPE MAJEURE.
CONTINUONS, ON VA GAGNER

La mobilisation continue et s’amplifie

Si le 14.12 de la CGT, Solidaires et FSU a été très moyennement suivi, par contre le 15.12 des gilets jaunes a été une réussite malgré ce que dit la grande presse.

S’il y a eu une baisse de participation à Paris et dans quelques villes en particulier de la moitié nord du pays, il y a eu au contraire une forte hausse de participation dans de nombreuses villes du sud, Toulouse, Bordeaux, Marseille et bien d’autres. Le mauvais temps particulièrement dans le nord, y est peut-être pour quelque chose. Quoi qu’il en soit, globalement, après un mois, le mouvement dure et se renforce même par sa détermination et les succès qu’il a obtenu : arrêt des hausses de taxes sur le carburant, gel des hausses d’électricité et de gaz, suppression de la hausse de la CSG pour certains retraités, hausse de la prime d’activité, des primes exceptionnelles dans certaines entreprises… Ce ne sont bien sûr que des miettes au regard de ce qu’exige le mouvement, mais ce sont des reculs du gouvernement qui encouragent.

Le discours de Macron, la fusillade de Strasbourg, les appels à ne pas manifester, la violence policière, les mensonges médiatiques n’ont pas empêché la mobilisation.

Et même plus, sous cette pression des gilets jaunes, comme de celle des lycéens qui sont entrés massivement dans la lutte et surtout des jonctions qui se sont faites dans pas mal d’endroits entre gilets jaunes, rouges et lycéens, la CGT a non seulement appelé à une journée le 14 mais récidive avec une nouvelle journée d’action le 18.12. Par ailleurs, de nombreux appels à des grèves illimitées nationales ont été lancés pour la semaine qui vient, dans le spectacle, le commerce, les transports… avec d’autres appels plus locaux ou régionaux.

Jusqu’à présent les salariés des grandes structures économiques ne sont pas entrés dans la lutte.

Toute la question est de savoir si des grèves significatives vont démarrer cette semaine, ce qui donnerait au mouvement une dimension encore plus politique.

Le mouvement commence à poser la question du pouvoir, la grève la rendrait concrète

Le mouvement prenant encore plus conscience de sa force dans son ensemble ne voudra plus se limiter ni aux organisations traditionnelles ni aux revendications traditionnelles, mais sortir du cadre institutionnel.

Déjà, on voit poindre cette question avec l’apparition de la revendication du RIC, Référendum d’Initiative Citoyenne. Au delà des intentions de récupération électorale de ceux qui ont lancé l’idée, le fait même qu’elle ait été reprise de manière importante (si ce n’est pas un effet médiatique), le contenu qu’y donnent les gilets jaunes de base n’est pas celui du jeu institutionnel mais celui de son contrôle, voire même de faire les lois, de révoquer les élus, etc… Car bien sûr, le RIC ne remplira pas les frigos, pour Noël, n’augmentera pas le pouvoir d’achat, n’embauchera pas massivement les chômeurs, n’empêchera pas la fraude fiscale du grand capital, n’annulera pas la dette illégitime, ne re-nationalisera pas les services publics… Mais c’est pourtant tout ça que les gilets jaunes posent implicitement, de manière confuse, et à travers ça, pas un référendum, mais la question du pouvoir.

Avec des grèves significatives, le mouvement débordera tous les cadres pour se poser le problème de ce qu’il veut réellement mais aussi de comment y aboutir, c’est-à-dire non seulement de « virer Macron » sous forme d’un slogan mais de son sens concret, parce que cela devient possible rapidement. Avec la possibilité pratique de virer Macron, beaucoup commenceront à se dire que virer Macron ne changera rien et qu’il faudrait pour que ça change réellement « virer Macron et les riches du pouvoir ».

Il nous faut être attentif à ces évolutions de conscience, les mesurer, échanger à ce sujet pour que nous puissions dire, mettre en forme, en paroles, en objectifs cette évolution.

En faisant cela, nous permettrons à la partie la plus avancée de se rendre compte de ses propres évolutions. Prenant conscience de ce qu’elle fait, cela lui donnera plus d’audace et de force pour tirer l’ensemble du mouvement plus loin lui faire réaliser un pas dans sa conscience de classe. Il s’agit pas de dire ce qu’il faut faire, mais de dire, de rendre public ce que les plus avancés font.

La partie la plus consciente du mouvement va chercher probablement à mettre un contenu concret à ce que signifie « virer Macron et les riches ». Il ne s’agit plus d’augmentation du pouvoir d’achat à la marge mais d’une échelle bien plus large.

C’est-à-dire pas seulement bloquer l’économie et virer ou contrôler les politiques, mais aussi commencer à prendre en main l’économie, la contrôler ou en tous cas en donner la perspective.

Si on veut vraiment bien plus que des miettes et changer la vie comme le mouvement le permet, il sera amené à remettre en cause le pouvoir des riches et à poser clairement la question du pouvoir ; par exemple si on vaut vraiment changer les choses, il faudra récupérer les 150 milliards annuels de fraude et évasion fiscale, les 200 milliards annuels de subventions aux grands patrons, les 50 milliards annuels d’intérêts de la dette, les 47 milliards annuels de dividendes aux actionnaires…

Comment faire ?

Contre les quelques milliers de milliardaires fraudeurs du fisc, il s’agira plus seulement de les dénoncer mais de dire qu’il est temps de se donner l’objectif de saisir leurs banques, entreprises, hôtels, hypermarchés, vignes, forêts, maisons, yachts et voitures… de tout prendre à ceux qui ruinent les hôpitaux, écoles, transports, logements, retraites, Sécu… tuent l’avenir de nos enfants. Avec cet argent et ces bien saisis, il s’agit d’embaucher immédiatement 3 millions de chômeurs dans les services publics, augmenter de 500 euros nets le pouvoir d’achat de tous, salariés, retraites, minimas sociaux… de réquisitionner immédiatement les logements vides pour qu’il n’y ait plus un SDF à la rue, prendre en main la protection de l’environnement maintenant, etc, etc
Et pour mieux connaître les aspirations du mouvement, il faut mettre en route partout des cahiers de doléances mais pas avec Macron et sa consultation, mais nous mêmes dans des « Etats généraux » pour en faire un programme du mouvement, mettre au point une démocratie participative directe, .. etc,…

Pour cela, pour sortir du cadre revendicatif traditionnel, il faut sortir d’un discours restreint à sa seule structure traditionnelle, CGT, Sud, Interluttes, intergares, étudiants, grèves… pour parler pour tout le mouvement et de sa dynamique, gilets jaunes, rouges, verts, jeunes….

Bien sûr, rien n’est garanti dans l’émergence de grève cette semaine.

Dés lors, s’il n’y a pas de gréves significatives cette semaine, on va vite buter dés le 22.12 sur les vacances scolaires du 22.12 au 7 janvier et les jours fériés autour de Noël et Nouvel An.

Macron espère que les gilets jaunes vont s’y casser les dents. Ce n’est pas du tout certain. On voit beaucoup de points de blocage se préparer à passer Noël ou Nouvel An sur les ronds points et déjà des actes VI, VII, VIII sont en préparation

Le pire dans cette situation serait que les salariés réveillonnent bien tranquillement chez eux avec les primes que les gilets jaunes leur ont obtenues pendant que les gilets jaunes réveillonnent au froid sur les ronds points en n’ayant rien obtenu.

Dans cette hypothèse, il faudra donc tout faire pour éviter cette coupure et que cette fracture soit utilisée par les courant les plus réactionnaires qui voudront montrer du doigt les « syndicats » comme des planqués, des lâcheurs. Il faudra envisager d’organiser des réveillons, jaunes, rouges et jeunes ensemble… ou tout ce qui peut empêcher cette coupure.

Mais le mouvement n’a pas fini de nous surprendre ; bien plus intelligent que tous les stratèges, il a su jusqu’à présent à contourner tous les pièges, gageons qu’il en sera de même demain en y participant pleinement.